xavier ribot

installations, art contemporain, littérature

24 juillet 2008

Le cœur

Mon cœur n’est pas excellent puisqu’il présente un prolapsus à la valvule mitrale mais il pompe régulièrement le sang de mes veines. Il possède un sens de l’effort remarquable, j’ai observé comment il se débrouillait pour pallier la fuite : une sorte de cape fouette la cavité supérieure, Un drapé romantique flottant au gré du flux. Le médecin sanguin me dit qu’il faut surveiller à ce qu’aucun microbe ne vienne s’installer dans la région du cœur, c’est la seule recommandation médicale prescrite pour contrer l’insuffisance cardiaque en question. Il faut découvrir le battement de mon cœur, le petit souffle qui indispose les ignorants mais réjouit les amateurs d’anomalies anatomiques. Je te donne une pompe plus élégante que la moyenne parce que drapée de tissus intérieurs. Je te donne l’occasion de passer à la télévision une partie de ton corps, par un subtil jeu d’échos qui ne manquera pas de rappeler l’observation d’un fœtus. Avec le son en plus, tu te croiras dans un film d’épouvante, sur le point de croiser une armée de toiles métalliques marchant au pas cadencé. Un bruit magistral, relayé par le scintillement ondulatoire de l’écran. Je ne donnerai pas le refuge de mes sensations parce que je ne suis pas propriétaire de l’expression, pourtant, plusieurs fois je l’ai vu s’emballer, plusieurs fois j’ai compris qu’il échappait à mon contrôle. Ainsi, lorsque je suis sur le point de m’adresser à un public d’inconnus : il me roule des saccades comme un canon fou et tire à boulets rouges. Dans ces moments-là, le corps entier résonne. Rien à faire d’autres qu’écouter la musique d’une poitrine envenimée par l’émotion. Vais-je passer pour un charlatan, un bonimenteur d’écrivain pas courageux, un spécialiste des idées brocanteuses ? Je donne un organe pas bien gros, pas bien solide comme s’il s’agissait d’une pièce maîtresse. N’exagérons pas : je garde le nombril. Il me semble que cette cicatrice cache bien des secrets.

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16 juillet 2008

Le menton

C’est le plateau de ma tête. Tu enlèveras ce qu’il y a dessus et tu t’en serviras pour présenter des amuse-gueule. La peau du dessous est glabre, très tendre. L’os maxillaire met le cap sur une volonté que je trouve fuyante, petite. Dans le jeu de mes appendices, il n’est pas forcément le mieux placé, pourtant, c’est bien là que mes mains viennent trouver refuge.  J’ai un menton qui inspire, j’ai vu mes doigts y pianoter le doute, l’attente, le temps qui passe.

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10 juillet 2008

l'heure du rangement

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shopping2008

l'été l'heure du rangement, l'été logique, l'été soldé

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09 juillet 2008

Tumescence

Tumescence, détumescence.

Une mécanique toute masculine copiée sur le cycle des marées, avec flux et reflux dans les corps caverneux. Artères tyranniques empêchant le sang de remonter par les veines.

Une vasodilatation rythmée par les phases du sommeil paradoxal et les stimulations érotiques.

Pénis, port d’embarquement situé à la pointe du corps, échappant facilement aux contrôles des sens.

Ma tumescence personnelle donne un contrepoids au rationnel.

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07 juillet 2008

Abdominaux

Abdo, ado, abo. Beaux, très beaux !

Un mot qui n’en finit pas de muscler les fantasmes. Ventre plat est une expression féminine. Au masculin, cela se dit tablette de chocolat. N’est-ce pas curieux quand on sait que ce produit attise la gourmandise, au point qu’après les Entretiens de Bichat de 2001, on ne dit plus chocolat mais poly phénols.

Mes abdominaux sont réellement anti-dépressifs. L’été, sur la plage, j’ai appris à positionner mon torse pour favoriser au mieux ce toboggan de muscles qui va de la poitrine au pubis.

Je sens tous les regards glisser dessus.

C’est fantastique !

Et bien plus intéressant que les brioches grassouillettes qui débordent.

Débordent quoi ? Le mœlleux d’un ventre imbibé de bonne chair le disputerait à l’élégance d’une rampe myologique ? Je ne sais.

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30 juin 2008

Joues

Bonjour, au revoir : la famille puis les copines et les enfants y posent des baisers. Enfants, elles ont reçu des claques et des caresses. Plus de claques que de caresses. J’y livre chaque jour une bataille contre des poils prêts à tout pour envahir le bas de mon visage.

Certes, j’ai pu laisser le champ de mes joues libres pour quelques expériences pileuses mais celles-ci n’ont jamais connu de longévité.

L’acné et la varicelle m’ont offert des aventures dermiques particulièrement prononcées. Le mot douceur y est interdit de séjour mais tu finiras par en observer l’esprit. Et c’est l’essentiel puisque tu aimes dépasser les apparences. Tu découvriras une peau pour tes mains, tes lèvres et ton ventre. Une peau tendue sur le cœur.

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23 juin 2008

Les cuisses

Longtemps j’ai blotti mes mains entre les cuisses, repliant mes jambes pour dormir en chien de fusil. Cette position était un peu fœtale, je sentais mon corps lové sur lui-même, bien enfermé dans sa chaleur pour mieux dormir. Les mains jointes, tout près de quelques muscles plats et détendus, disaient ce réconfort.

Mes cuisses  sont gorgées de chair, tu pourras mordre dedans avec tes yeux, tu pourras planter dedans le vernis fraise de tes ongles. Leurs poils devraient plaire à la paume d’une de tes mains, peut-être celle qui caresse mon avant-bras pour me dire des choses graves.

Il y a les muscles, il y a les poils mais il y a aussi le galbe : tu peux t’en endormir calmement.                                                                                                 

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13 juin 2008

Pièces détachées, Ford détachée

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La Ford Escort est découpée, elle va bientôt se squelettiser. La question est de savoir quelle couleur elle prendra: rouge, rouille ou blancheur osseuse?

Qu'en pensez-vous?

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Les 5 sens

J’ai questionné mes sens, les 5 sens, et je me suis dit que l’art était un sixième sens. Encore que le pressentiment soit souvent lui-même posé comme un sixième sens. L’art donne du sens aux sens, l’art donne sens à la pensée.

Et puis je me suis dit qu’il ne fallait pas souffrir du vertige, tant le mot sens était polysémique.

Puis-je te donner mon toucher ? je me suis renseigné, j’ai réfléchi : si tu devenais insensible cela serait dû à la disparition du toucher. En effet, si tu perdais l’ouie, ce serait la surdité, la vue, ce serait la cécité, l’odorat, ce serait l’anosmie et le goût, ce serait l’agueusie. Pour le toucher, je n’ai trouvé que l’insensibilité. J’en déduis que ce sens est le premier, le plus important.

Reconnais que les capteurs sensoriels du toucher sont plus répandus que les autres. Tu choisiras ceux que tu veux, il n’y a pas que les mains pour toucher quelque chose, pense à mon ventre, ma poitrine ou mes joues… Les lèvres, la plante des pieds, que sais-je encore ? Il y a tant d’espaces sur mon corps. Des espaces privés.

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02 juin 2008

La main gauche.

Un réseau de veines et de phalanges articulé au plus près de la volonté cérébrale mais distancé, toujours distancé, par la main droite.

Détachée du bras, elle saisira l’air, le temps, les senteurs et le goût des choses incompréhensibles. Le temps d’être nulle part donne une chance à la force de vivre tout.

C’est bien elle qui prend ton  visage pour l’approcher de mes lèvres tandis que l’autre descend tes reins.

Elle perle moins, c’est un peu la petite dernière.

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