xavier ribot

installations, art contemporain, littérature

23 avril 2009

l'ère de la paléotomobile

ouverture_atelier

Ford Escort Break entièrement démonté, découpée et décapée par mes soins : je veux renvoyer certaines  créations industrielles  de l’homme à un passé comparable à l’ère des dinosaures, créatures dont les restes sont visibles dans les musées.  L’artiste plasticien devient  le squeletteur des grandes inventions humaines et recours au musée pour légitimer sa reconstitution du futur. Cette Ford est une étude grandeur nature m’ayant permis de réfléchir au projet d’une paléontologie spécifique, une postmodernité élargie. J’ai pu décaper la couleur rouge de cette Ford en pensant m’attaquer à la peau vive d’une marque historique : Ford est le premier industriel à avoir fabriqué des automobiles en série (ou en masse, c’est comme on veut).

Il m’apparaît maintenant clairement que la mise en squelette ne concernera d’abord que des grosses cylindrées, des 4 X 4 ou des biens de consommations emblématiques, parce que notre société est engagée dans une escalade pour  laquelle on peut s’interroger sur sa monstruosité. La démesure s’impose dans un premier temps comme outil de réflexion, elle me permettra de dialoguer avec mes contemporains qui questionnent  l’animalité, le luxe et la volupté.

Mon parcours personnel, en 20 ans,  s’est résumé à faire passer le corps derrière le tableau pour n’en conserver que la peau, la couleur et la sensualité. Maintenant, j’aborde l’homme par son univers historique. Cela se présente comme une fiction mais c’est une sorte de chroniques martiennes qui commence à s’écrire.

Je pense que ce sera l’unique étude sur des modèles de ce genre, bas de gamme ou moyenne gamme, parce que je n’ai pas vocation à illustrer une idée, je ne suis pas non plus le concessionnaire d’un style.  Squeletteur ne rime pas avec fabriquant de squelettes automobiles. La rareté des productions paléotomobiles ne pourra que profiter à la démarche, c’est le lot des découvertes historiques. Et c’est le moment pour moi de (re)lire  L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique  et… Mythologies !

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20 avril 2009

jardinage

Jardinage d’hiver Ouverture atelier/ Niort. 2005 jardinage

C'est le printemps, c'est le moment de faire des dossiers et de sortir les vieux trucs...

Réinstallation de productions antérieures, chose rare dans ma démarche mais justifiée par le contexte : une ouverture d’atelier. L’occasion de réinterroger, encore et encore, des sens qui font œuvre. Plus que jamais, il  faut travailler par écriture, réécriture. La toile est une page douée de toutes les surfaces. Le mot est une transition, juste un instant de pensée donné au regard. On en fait ce qu’on veut, une injure ou un chef d’œuvre, un poème ou une blessure. C’est infini si on n’a pas peur de mourir, c’est académique si on n’a pas de pouvoir sur la vie.

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20 mars 2009

Un puits et des bouteilles : projets non retenus

Plaidoyer pour une double installation aux chemins d’art de St Flour

§  Un puits de lumière pour saluer la mémoire des recluses qui pensaient que leurs prières  sauveraient les habitants de la ville - une croyance purement messianique. Un puits de lumière pour énoncer des pratiques autrefois porteuses d’espoirs immenses.

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Ø  Quelles vérités, aujourd’hui, seraient comparables aux mythes des recluseries ?

L’eau ? Elle coule abondamment, elle est toujours présente à nos yeux  mais on ne s’y baigne déjà plus et on ne la boit plus.

§  Un chemin de bouteilles : du plâtre est coulé dans les bouteilles en plastiques écrasées, qui gisent sur les caniveaux ou les bas côtés des routes. Il s’agit peut-être, une fois de plus, de valoriser les déchets humains. Peut-être. Mais l’histoire de la Recluse, c’est l’humanité à la recherche de sens. Tandis qu’une jeune fille s’enferme dans son sacrifice, tandis que la foi en l’homme perdure, les désastres et les déchets s’accumulent.

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Ø  Peut-être : la soif de vivre des uns contre la soif  de prière des autres ?

       Contrairement au principe de la réclusion en vogue dans le passé, j’enferme des idées pour qu’elles s’entrechoquent et produisent du sens à volonté. Mes productions réactualisent ces idées. La brique de verre est née à Brest en 1992 pour célébrer la mer et le vent. Elle est ensuite devenue Puits de lumière à Rennes, Corps de l’écriture à St Brieuc et Pont Scorff.

Le puits de lumière, en briques de verre, reprend une création imaginée pour le Domaine de Saint Cyr (Rennes) occupé autrefois par la congrégation des religieuses de Notre-Dame de la Charité, qui accueillait des jeunes filles soustraites à leur environnement familial par les tribunaux. Les verres translucides offraient au regard du visiteur une lecture trouble du vocabulaire  attaché au sort des pensionnaires : « pénitentes, repenties, préservées »…

        Pour St Flour, je reste dans le Puits de lumière avec cette observation que ce sont autant d’anneaux posés les uns sur les autres comme les religieuses mariées à Dieu.

       Je travaillerai les mots glissés entre les briques en fonction de l’enquête menée sur place. Je reste dans l’idée des prières judéo-chrétiennes, rédigées sur du papier et placées dans les fentes murales

       Il n’est guère possible de laisser seul le puits de lumière sans faire référence aux gens « du dehors », il ne faut pas oublier la démarche altruiste de la réclusion : les moulages offrent une juste complémentarité pourvu qu’ils ne soient éloignés des cours d’eau. Opacité, blancheur, déformations figées dans l’éternité à la manière des corps agonisants de Pompéi et Herculanum. La bêtise évoquée  à travers ces déchets reste profondément humaine, positivement humaine. Le promeneur ne devra pas ressentir un quelconque dégoût mais un doute humoristique. Ce sera le circuit des bouteilles abandonnées, le circuit du déchet sans la déchéance, le circuit des immaculées bêtises de l’homme.

Surtout ne pas asséner une morale.

Au départ : déchets plastiques, à l’arrivée : plâtres moulés.

Je ne marche pas derrière Jasper Johns mais je revisite quelques-unes des questions du Pop’art américain. De même, penser à Tony Cragg n’est pas exclu. Il y a tout simplement des sujets qu’on n’épuisera peut-être jamais.

Je pourrais m’intéresser aux emballages protecteurs, tellement protecteurs qu’ils encombrent notre existence. Ceci dit, il y a des discours en faveur du développement durable qui ne vont pas durer parce que le verbe ne vaut pas l’action.

Il n’est pas incongru de songer à l’eau qui a quitté le plâtre, on touche à une double disparition qui devrait nous inquiéter. L’eau est une idée plus forte que la nature, la prière était elle-même une idée plus forte que la religion. Les humains se sont enfermés dans des idées qui ne manquaient pas de démarche.

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25 février 2009

Savons d'artiste

savons

Ce n'est pas une corbeille de fruits mais des savonnettes usées par ma peau. Seulement ma peau. Ce qui reste du savon est magique, comme un page de carnet que mes mains choisissent de ne plus écrire. Le plus curieux, c'est le format carte bancaire qui s'est adopté.

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24 février 2009

Eclats de moulage

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Une chorégraphie sortie des bouteilles pvc pour me distraire des chants d'oiseaux.

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23 février 2009

Produire, communiquer

produire__communiquer

6 pupitres en bois de châtaignier issus de récupération: lames de parquet, planches d’escalier, circuits informatiques. Chaque pupitre est accompagné d’un micro sur pied servant de haut-parleur et relié à un lecteur qui diffuse un montage aléatoire d’extraits sonores issus de  la télévision à 20 heures. Ces pupitres ont été conçus lors de ma première commande publique, à Rennes, où je constatai que les élus avaient décidé de réaménager un quartier sans vraiment faire accepter leur projet par la population. L’œuvre traduit ici une certaine difficulté à communiquer pour les élus : parler la langue de bois, tourner en rond… J’ai renversé les fils du discours avec ces pupitres, j’ai retourné la parole de celui qui parle. Parler, c’est d’abord écouter. Le fil argenté des circuits imprimés est venu faire écho au fil du bois. Le pupitre s’est imposé comme espace pouvant accueillir un rectangle de circuit imprimé destiné à être lu en public. La disposition des pupitres en vis-à-vis tient d’un parti pris ludique où se dénoncent les joutes (élect)orales fécondes en promesses non tenues. J’ai commencé par créer des binômes jusqu’à créer un hexagone pour occuper correctement l’espace. Le public peut prendre la place de l’orateur, poser ses mains sur les angles, tourner en rond, se convaincre d’exister par la parole. Il peut aussi, grâce aux sons faiblement diffusés, se positionner dans l’actualité. Cette installation est une pièce fantôme, un espace à occuper par le vide.

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01 janvier 2009

meilleurs voeux 2009

voeux_frais

Moulez vos restes, moulez vos emballages de Noël, vos  cadeaux de fin d’année. Moulez les coques translucides des blisters qui protégeaient vos achats. Moulez votre portefeuille et vos monnaies. Le chômage repart à la hausse, les prix baissent, les marchés financiers plongent. Nous partageons  la crise mais les parts sont inégales. Ne soyez pas inquiets, on vous prêtera de l’argent pour acheter de la crise.

Ce qui compte, en ce début d’année ? Ne pas mettre ses vœux dans la même crise, garder un peu de forfait pour le bonheur !

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11 décembre 2008

Moulages en plâtre: ce que j'ai appris à Pompéi

Je travaille actuellement sur les emballages (de type blister,  barquette ou bouteille…) avec l’idée de dresser une archéologie consumériste, inspirée des moulages en plâtre sur les corps agonisants de Pompéi.

J’avais déjà opéré des moulages en plâtre, entre 1991 et 1993, lors des  ventes publiques (Paris) par  Louis-Xavier Pigeron pour  A-XXI, et en 2000, avec l’opération « Vitrines » de Fougères (Ille-et-Vilaine), dans un magasin d’électroménager.

je les envisage comme un questionnement portant aussi bien sur les formes de nos consommations que sur les sens de nos activités. Un long chemin se déroule à nous depuis la fabrication en séries de haches en bronze, jugées votives ou monétaires, telles qu’on les retrouve par paquets dénommés trésors. Beaucoup d’artistes plasticiens, comme Tony Cragg, Thomas Demand ou bien ceux que l’on attache au Nouveau Réalisme ( Arma, César...) ou au Pop’ art ( Johns...), ont déjà questionné notre rapport à la consommation d’objets mais il me semble que nos productions consuméristes sont synonymes de pensées formelles qui ne s’épuiseront qu’avec l’homme.

Lors des ouvertures d'ateliers (Niort,  fin novembre 2008) un visiteur a attiré mon attention sur un plâtre déformé par le plis de son moule: j'ai gagné un an de réflexion! En effet, contrairement à mes productions antérieures, décalquer la réalité tel que je le pratiquais n'apportait plus rien. Aux alentours de Pompéi, dans le sud italien, j'avais été frappé par les déchets qui jonchaient les bords de routes. Ce sont ces déchets que je dois questionner! Nous connaissons une crise financière qui démontre l'absurdité sociale de notre civilisation mais peut-être que c'est là que se trouve le génie humain. Il me faut travailler dans une perspective historique large. J'y reviendrai.

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11 octobre 2008

Putain de merde !

Le stade anal perpétuel, le revers de la gastronomie. Bref, des tonnes de mots pour qualifier des tonnes d’excréments qui ne t’intéresseront pas, j’en suis sûr. La vraie question, c’est de savoir ce que tu feras de mes ultimes déchets ? Des mots et des images resteront gravés dans ta mémoire, mon corps sera réaffecté par morceaux choisis, des souvenirs seront échangés avec d’autres personnes… mais que feras-tu de ma merde ? Je pose cette question comme si cette tâche t’incombait.

Autrefois, il fallait vider soi-même les volailles : tout ce qui n’était pas mangeable partait à la poubelle ou bien le chat, le chien, les cochons s’en chargeaient.

Le corps s’autodétruit avec l’aide de ses propres bactéries et enzymes ; il n’y a pas à s’inquiéter si tu éloignes mes restes de tes fonctions sensorielles.

La merde n’est pas une fin en soi, juste un engrais sans posture intellectuelle favorable.

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03 octobre 2008

Pieds

Combien de fois prends-tu mes pieds pour les caler sur ton ventre ? Tu dis que j’ai froid, tu dis que je suis gelé. C’est vrai, les extrémités de mon corps se refroidissent vite. Dès que tes doigts m’enserrent, la peau un peu épaisse et parcheminée, se détend. Cette partie de mon corps n’existe pas comme ça, habituellement, tes mains manipulantes éveillent des sensations : je découvre des caresses chuintantes, la plante de mes pieds résonne au contact de la paume qui l’enveloppe. J’aime bien ce bruit.

Combien de fois prends-tu mes pieds pour les caler sur ton ventre ? Tu apprécies la peau un peu épaisse — moi je dis parcheminée — parce qu’elle masse bien ton ventre. Je vais te donner mes pieds, tu en feras des fers à repasser. Tu porteras la plante de mes pieds comme des doudous, je serai un peu l’enfant de ton ventre.

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